Plaisir Partagé

Thaïs, Amazone et Hédoniste : le Plaisir, rien que pour le Plaisir, en toute Liberté

Je commençais à connaître le parcours TGV Lyon Paris par cœur. Dès que je pouvais m’évader de Lyon la mystérieuse je filais retrouver P pour jouer à des jeux parfois bien dangereux, des jeux qui auraient pu me perdre ou tout au moins me faire perdre raison. Relation ludique et chaotique jusqu’aux jours sombres où le jeu ne fut plus un jeu.

Mais revenons à nos moutons. P me lançait régulièrement des défis pour tester mes limites auxquelles il ne trouvait pas de fin. Le premier des défis – et sans doute le plus facile – des défis qu’il me lança fut celui que je vais vous narrer ici.Nous étions tranquillement en train de jouir de la douce quiétude de ce samedi après midi printanier et ensoleillé, mollement allongés sur un canapé après le déjeuner, lorsqu’il me lança l’air soudainement contrarié :
-   « Tu ne vas quand même pas te prélasser ici tout l’après-midi ! Je vais t’emmener dans un bistrot bien glauque de ma connaissance et je vais t’y laisser… seule. Tu te commanderas une boisson ou pas… tu fais comme tu veux. Et là tu te débrouilleras pour te trouver un homme que tu emmèneras dans les toilettes et que tu suceras…. »
Comme d’habitude j’accusai le coup face à ce brutal changement de situation et d’humeurs, et il ne me vint à l’esprit que cette réponse :
-   «  Tu es drôle toi… Facile à dire…. Et je fais comment pour l’attirer dans les toilettes ? »
-   « Je ne veux pas le savoir. Ah ! Encore un détail : tu me ramèneras la preuve que tu l’as bien sucé et qu’il a joui dans ta bouche »
Silence. Ce garçon est fou, il aura ma peau un de ces jours !
- « Ne fais pas cette tête là s’il te plaît. Tu as de la chance que je ne te mette pas encore sur le trottoir et que je te demande de me ramener du fric »
Il n’avait pas l’air de plaisanter, encore moins de rire
- « Si tu échoues et que tu reviens bredouille, tu vois ce ceinturon… »
Non seulement je le voyais ce ceinturon mais j’en sentais encore les marques de la boucle sur mes pauvres fesses. Marquée je l’avais été, pour le plaisir, pas pour me punir. Je savais donc qu’il ne plaisantait pas non plus lorsqu’il évoquait son ceinturon.
- « Pendant que tu oeuvreras je reviendrai ici et je regarderai la télé en attendant que tu rentres. Il est dans ton intérêt d’être rentrée pour me préparer le dîner »
J’en vois d’ici parmi vous mesdames qui doivent s’offusquer d’un tel comportement macho mais surtout n’en faites rien : j’étais consentante et même excitée par ce genre de propos : ce type de comportement s’intégrait bien dans notre univers ludique. P savait aussi être un homme charmant et charmeur à ses heures.
Nous descendons donc au garage, je grimpe dans sa voiture et nous prenons la route de M, celle qui longe les bois. Environ deux kilomètres plus loin nousnous arrêtons et il me désigne un bistrot d’un autre temps, susceptible de figurer dans un film noir dans une rue aux pavés gras et luisants. J’ai un haut le cœur à la vue de l’endroit que j’imagine grouiller de cafards et de mauvais garçons à la nuit tombante. P me regarde et…. Non je ne vais quand même pas fléchir : j’en suis capable ! Après tout il ne s’agit que d’un jeu et je ne vais pas passer ma vie entière dans ce bar.
Cette fois bien décidée, je sors de la voiture pendant qu’il redémarre sur les chapeaux de roue.
Me voilà seule. Je prends une profonde inspiration et traverse la route qui me sépare de ce…. « Bar ». J’y pénètre et immédiatement une dizaine de paires d’yeux me suivent du regard, je devrais plutôt dire me déshabillent du regard. Les conversations s’arrêtent. Je n’ose regarder et vais directement m’asseoir à l’unique table bancale et toute tâchée. Il est vrai que ma présence ici détonne : une jeune femme seule, fraîche, plutôt bien habillée. Heureusement l’honneur est sauf : ils ne savent pas que je n’ai pas de culotte sous ma jupe.
- « Qu’est ce que tu veux boire ma p’tite dame ?» me demande celui qui doit être le patron parce qu’il tient un torchon – sale bien sûr – à la main.
- « Boire ? Ah…. Oui…Un café s’il-vous-plaît » je lui réponds d’un ton peu assuré.
Il retourne derrière son comptoir et me sert un café directement sorti de la cafetière électrique qui doit chauffer depuis le matin. Moi qui déteste le café bouilli…..

J’en profite pour jeter un coup d’œil à la ronde. Le bilan n’est pas brillant : le patron : un gros au nez rouge, des vieux usés par la vie loin de leurs racines, par un travail dur et par les excès de petit blanc, un poivrot qui radote, un type à la mine patibulaire qui semble enfermé dans ses sombres pensées, et un fumeur de gauloises sans filtres aux ongles incrustés de graisse de cambouis, à moins qu’il ne s’agisse de terre. Alors que le patron m’amène le café dans une tasse vaguement propre et sûrement ébréchée, les questions se bousculent dans mon esprit : Sur lequel de ces messieurs vais-je jeter mon dévolu ?… Haut le cœur… Et où sont ces fichues toilettes ? La réponse à ma deuxième question est évidente : les toilettes sont dans un renfoncement à côté du bar, et il n’y a pas à tergiverser il faut passer devant tous ces hommes pour s’y rendre. Que faire ? Attendre qu’ils s’en aillent tous et sauter sur le patron dès que nous serons seuls ? Il est déjà 17 heures. Tous semblent bel et bien enracinés, de plus personne ne doit les attendre chez eux avec un ceinturon prêt à servir à autre chose qu’à se serrer la taille…. J’en suis là des mes tâtonnements logistiques quand un charmant petit jeune homme – la petite vingtaine - surgit par miracle des toilettes. Il devait y avoir un petit génie dans ma tasse, et le génie est en train de m’aider à sortir de cette situation difficile.

Le jeune homme me voit. Evidemment… on ne peut pas me rater dans un tel environnement ! Il me sourit, et je lui rends aussitôt son sourire, trop contente de cette aubaine. J’en profite pour me lever, me propulser vers le comptoir, payer le café au patron qui me regarde maintenant d’un air goguenard, et enfin gratifier le jeune homme d’un clin d’œil et d’un signe de tête pour qu’il me suive. O miracle, il a compris : quelle chance ce garçon est intelligent en plus d’être mignon.

-   « Tu n’as pas envie d’aller faire un petit tour dans les bois ? » lui dis-je alors qu’il me rejoint.
-   « Euh… oui »
Il a l’air intimidé et me voilà attendrie pat tant de fraîcheur. Je lui prends la main pour m’inviter à me suivre. Trois cent mètres à peine doivent nous séparer de l’orée du bois et nous nous en approchons la main dans la main comme deux amoureux un samedi après-midi de printemps. Une fois parvenus à l’orée du bois j’enlève mes escarpins qui ne se prêtent pas à ce genre de randonnée improvisée. Mon assurance revient, je tire le jeune homme et nous courons jusqu’à l’arbre le plus proche sur lequel je m’appuie avant d’attirer le jeune homme qui se serre contre moi alors que nous nous embrassons avidement. Comme s’il s’agissait le dernier baiser de notre vie.

-   « Viens je t’emmène chez moi » me dit-il en relâchant légèrement son étreinte.
Son expression ahurie me fait sourire : quelle agréable sensation. Je suis une fée qui revient du monde des humains avec un joli cadeau en prime.
-   « Tu habites où ? »
-   « Au foyer Sonacotra de M. Tu connais ? »
-   « Tu n’as pas plutôt envie que je te suce un peu, ici dans les bois ? C’est autrement plus excitant, non ? » dis-je, pragmatique et peu désireuse de futures complications ou embrouilles.
Il n’a pas l’air de bien comprendre mon petit immigré, alors je joins le geste à la parole en plaquant ma main sur son entrejambe que je commence à soupeser, palper et caresser à travers le pantalon. Mais c’est qu’il bande comme un fou ! Mettons fin à son supplice…. Je tombe à genoux, lui baisse sa braguette, attrape son joli sexe qui jaillit de sa douce cachette et je commence à le sucer doucement, voluptueusement. Très vite les mains de mon amant de fortune s’agrippent à mes cheveux et m’indiquent le tempo, très vite sa jouissance explose dans ma bouche comme une série de déferlantes. Je sors un mouchoir de mon sac à mains jeté à terre, et y crache le sperme abondant et chaud alors qu’il reprend ses esprits. Tendrement je dépose un doux baiser affectueux sur son joli sexe avant que celui-ci ne retourne d’où il vient.
Le jeune homme m’aide à me relever avec des gestes d’une tendresse inouïe.
-   « Je vais te raccompagner chez toi » me dit-il
-   « Euh non ce n’est pas la peine je vais rentrer seule. Tu sais, je n’habite pas loin et je serais très vite chez moi»
-   « Tu es mariée ? »

…Silence….
- « Euh… non ». Quel est ce brusque intérêt pour mon état civil ?  Dans quel pétrin me suis-je fourrée ?
-   « On va se revoir j’espère ? »
-   « Si tu veux, oui »
-   « Donne moi ton N° de téléphone alors. Je n’ai pas le téléphone mais je pourrai t’appeler d’une cabine. On pourrait aller au cinéma ensemble»
Un peu honteuse de tant de mesquineries face à tant de gentillesse, je lui tends un bout de papier sur lequel j’ai noté un prénom qui n’est pas le mien et un numéro de téléphone inventé de toute pièce.
18 heures 45 : radieuse j’arrive chez P brandissant mon mouchoir, l’invitant à humer la doucereuse odeur de mon gentil amant improvisé. Je n’ai pas subi de coups de ceinturon, pas cette fois là.
P n’a jamais su, et ne saura jamais sauf s’il lit ces lignes et s’il se reconnaît, que cette aventure là ne s’est pas passée dans les toilettes comme prévu.

Même si je guettais sa silhouette, je n’ai jamais revu le jeune homme à M, même aux abords du foyer Sonacotra. Je ne suis jamais retournée dans ce bar glauque non plus.

Moralité : la beauté n’est ni acquise ni évidente. Il en est de même pour la laideur
 
 

 


  

 

13 Responses to “D comme Défi (ou : t’es même pas cap’ !)”

  1. Chere Thais,
    Encore un recit d’ou je ressors gene par la sensation d’etroitesse de mon pantalon au niveau de mon entrejambe.Ton talent c’est de mettre au service de tes recits,une ecriture aussi desirable et bandante que tu peux l’etre.Encore merci a toi.

    pain d'epice

  2. Pain d’épice vous semblez me connaître d’après ce que je peux lire. Qui êtes vous donc mystérieux inconnu ? Vous mù’intriguez….

    Thaïs

  3. Chere Thais,
    Qui peut savoir qui nous sommes reellement..Tes mots ont trop le gout de Toi…Continue a nous regaler comme tu sais si bien le faire.

    pain d'epice

  4. Certes, ceux qui me connaissent me disent que mes mots me ressemblent. Promis je vais continuer à vous régaler, pour le plaisir, le vôtre et le mien

    Thaïs

  5. J’aime chez toi ,malgre l’apparente emancipation dont tu peux faire part,une certaine docilite quand il s’agit d’aller on the wild side..Ne change rien..t’es trop bien.

    pain d'epice

  6. Pain d’épice l’”Emancipatgion” comme vous dites date d’il y a plus d’un siècle. Au risque de vous contrarier et de faire un peu de sémantique je ne suis pas une femme émancipée, heureusement, mais une femme libre : une célibertaire en quelque sorte. Quant au wild side oui oui oui… ce wild side, c’est ce que je peux donner de meilleur, et ce que j’aime partager avec mes lecteurs et avec ceux qui me donnent envie d’être généreuse…. Voilà :-)

    Thaïs

  7. Très jolie note. J’adore la « moralité ». Je n’ai jamais lancé un tel défi à une femme, mais d’autres, plus doux, plus élaborés, trop peut-être…

    Vagant

  8. A vous de voir Vagant…. Tout cela est une affaire de limites : les vôtres et celles de vos partenairtes de jeux. Et puis il est certains défis qu’on ne peut pluslancer désormais en ces années où le SIDA rode parmi nous….

    Thaïs

  9. “femme libre, toujours tu chériras l’amour”! Pas terrible l’a peu-près…De Lyon la mystérieuse avez vous connu Parilly ou l’Ile Barbe avant que le SIDA, les flics, voyeurs furtifs et frustrés ne s’en mêlent?

    alain

  10. “femme libre, toujours tu chériras l’amour”! Pas terrible l’a peu-près…De Lyon la mystérieuse avez vous connu Parilly ou l’Ile Barbe avant que le SIDA, les flics, voyeurs furtifs et frustrés ne s’en mêlent?

    alain

  11. Parilly non : trop loin, mais l’île Barbe oui, à bicyclette en plus !

    Thaïs

  12. Parilly était un peu aléatoire, l’Ile Barbe, plus des habitués! A bicyclette? Seule doncJe ne me souviens de cycliste, voilà un souvenir qui manque dans mon musée du temps enfui.

    alain

  13. Oui seule… Et j’y rejoignais de furtifs amants de passage dans leurs z’automobiles

    Thaïs

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