Plaisir Partagé

Thaïs, Amazone et Hédoniste : le Plaisir, rien que pour le Plaisir, en toute Liberté

Je n’avais encore jamais rencontré R. Nous avions juste eu une longue et passionnante conversation téléphonique à bâtons rompus des heures durant. J’aimais sa voix vibrante et chaude, sa voix formatée pour charmer les oreilles. J’aimais aussi ce qu’il m’avait fait sous-entendre de son univers. Nous partagions des émotions communes et nous vibrions à l’unisson aux mêmes lectures, surtout les lectures les plus sulfureuses. R ne s’en était pas caché : il était ce qu’on appelle un « Homme à femmes », ce qui n’avait rien pour me déplaire : généralement les Casanova sont de bons amants car ils aiment les femmes, vraiment. Lors de cette première – et dernière - conversation téléphonique nous avions décidé de nous rencontrer dès le lendemain, chez lui.
La journée précédent notre rendez-vous je la passais dans la fièvre de l’excitation, travaillant tel un robot, tendue à l’extrême jusqu’à l’heure de m’échapper vers ce train de banlieue qui devait m’emmener vers M, dans la banlieue parisienne.
Il devait être environ 21 heures lorsque j’arrivais à M. C’était une nuit d’été et il n’y avait plus grand monde dans les rues. Normal en ces périodes d’exode de masse et de tentative d’oubli des soucis quotidiens.
R m’avait expliqué le chemin à suivre pour me rendre chez lui et il me fallut peu de temps pour être devant sa porte. Mon cœur battait la chamade d’excitation et de peur mêlés. J’avais le trac : peur de ne pas être à la hauteur, peur de m’être trompée… et un vague pressentiment face à nos absences de limites évoquées au téléphone la veille au soir.
Tout est silencieux à l’intérieur de l’appartement. J’ai une subite angoisse : m’aurait-il fait faux bond ? Je prends une profonde inspiration, attrape mon cher foulard rouge dans le fond de mon sac et m’en bande les yeux comme nous l’avions convenu ; j’ai un goût tout particulier pour ces premières rencontres à l’aveuglette. Privée de la vue mes autres sens sont aiguisés et les odeurs, les effleurements et caresses, les sons n’en sont que plus intenses, un vrai délice à condition de rencontrer la bonne personne.
Je sonne. Long silence. Quelque chose comme un bruissement me parvient aux oreilles, puis je sens comme un appel d’air chaud : la porte a dû s’ouvrir, sans bruit. Une main m’agrippe et m’aide à pénétrer dans l’appartement.
- « Bonjour, tu as fait un bon voyage ? »
Quelle voix, j’en frissonne encore aujourd’hui.
- « Fais moi confiance, je vais te guider et t’installer dans un fauteuil, confortablement »
Je me laisse guider tout en appréciant toutes les odeurs environnantes : son parfum boisé, les odeurs des bougies qui brûlent, une légère odeur d’encens. Des odeurs chaudes, épicées et agréables.
- « Que veux tu boire ? Je peux te préparer un cocktail de mon invention si tu veux »
- « Pourquoi pas ? Généralement je ne bois pas d’alcool, je n’aime pas ça. Mais si ton cocktail n’est pas trop fort je veux bien faire une exception »
Je l’entends qui s’affaire dans l’appartement, des bruits de verre qui s’entrechoquent, silence, une musique chaude et sensuelle me flatte l’oreille quand il me prend la main pour y mettre un verre aux parois rafraîchies par un liquide glacé. J’attends qu’il se pose pour commencer à goûter à ce doux et chaud liquide.
- « A notre rencontre et à nos…. envies ! »
Il est assis en face de moi, pas loin. Je commence à me détendre. Le cocktail est doux, parfumé, épicé et frais. Parfait. La musique est qu’il a choisie est excellente, la musique ce sel de la vie, mon oxygène. Tous deux habités par cette passion, nous nous enthousiasmons de quelques notes, d’une envolée soudaine, de la puissance d’un solo, de la gravité d’un ton ou du son cristallin et pur d’un instrument. Nos mots se laissent porter par la présence de la musique qui envahit l’espace
- « Tu es très belle. Je devine tes seins…. hmm… Tes jambes sont si longues… J’ai tellement envie de te voir nue et de sentir ta peau contre la mienne, et en même temps j’ai ce désir contradictoire de déguster longuement ce merveilleux moment de tension quasi douloureuse »
- « Moi aussi… J’ai hâte que tu me retires ce bandeau, et en même temps c’est si jouissif de prendre son temps et de se découvrir comme ça, pas à pas, sans se presser. »
Nous continuons à deviser alors que nos corps sont tendus à l’unisson vers le même désir de fusion. Sous l’effet de l’alcool sans doute je me détends de plus en plus et je me sens bien, gaie sans excès, en harmonie parfaite avec tout ce qui m’entoure. Sa voix m’est caressante, et ses propos m’encensent. Je suis devenue LA femme. Quel bonheur !
Je sens, ou plutôt j’entends à certains froissements caractéristiques, qu’il se lève et qu’il s’approche de moi : sa présence m’électrise complètement. Il me prend le verre des mains, attrape mes mains et m’invite à me lever. Il est maintenant tout près, ses lèvres effleurent les miennes d’un doux baiser de papillon. L’odeur de sa peau me ravit. Il est derrière moi et je sens ses mains agiles qui dénouent le foulard. J’ouvre les yeux et malgré la relative pénombre je suis éblouie par toutes ces lumières soudaines. Il a dû se passer plus d’une heure depuis que j’ai noué le foulard devant la porte. Je cligne des yeux et m’habitue petit à petit à ce qui m’entoure, alors qu’il est toujours derrière moi : une grande pièce mansardée, de grosses poutres la traversant, des bougies partout, un éclairage tamisé, le matelas dans le fond à même le sol, un confortable fauteuil en cuir devant moi, son fauteuil. Je me retourne et………. reste muette face à cet homme au regard brillant. Je suis bouleversée par sa beauté d’un autre siècle. Son visage est d’une finesse bouleversante. Vêtu d’un pantalon de cuir noir et d’une chemise blanche à jabots, il porte un catogan qui lui sied à ravir. Sa silhouette est à la fois fine et puissante. Me voilà propulsée au dix huitième siècle. Il est mon beau Valmont, je suis madame de Merteuil, et me sens subitement sous son emprise. Je ressens brutalement le besoin de voir son corps dénudé et de me blottir dans ses bras. Nous nous enlaçons sans dire un mot en une étreinte volcanique et passionnée. Brutalement je desserre l’étreinte et commence à déboutonner lentement sa chemise libérant une épaule puis un torse parfait, blanc et quasi imberbe, digne des kouros de l’antiquité.
- « J’ai envie de t’attacher à cette grosse poutre là… envie de te contempler longtemps et de jouer avec ton désir… Tu veux bien ? Tu as une corde ? »
Ses yeux brillent d’excitation. Il court dans un coin de l’appartement et sort des cordes d’un coffre proche de son lit. Je m’empare de la corde bien décidée à torturer son désir le plus longtemps possible. Je lui lie les mains et l’accroche bras tendus à la poutre au dessus de lui. Munie d’une autre corde je lui attache les pieds et les fixe à la poutre verticale se trouvant juste derrière lui.
Doucement je me dépouille pas à pas de mes vêtements le regardant dans les yeux. Je suis nue devant lui désormais et je le nargue, me retournant en ayant soin de bien cambrer les fesses. Telle une chatte autour de sa proie je lui tourne autour, l’effleurant par ci, lui mordillant la nuque par là, sûre de lui agacer les sens.
- « C’est insupportable. J’ai une telle envie de te prendre dans mes bras, de te caresser, de te baiser. Arrête ce jeu je t’en supplie, c’est trop douloureux, j’ai trop envie de toi »
Je lui souris avec malice, le gratifie d’un baiser, et m’éloigne de lui pour aller chercher…. Le fauteuil que je place tranquillement en face de lui, à distance respectueuse. Je m’y installe, les cuisses écartées, une cuisse sur chaque accoudoir, le sexe bien offert à sa vue.
- « Je voudrais voir à quel point tu me désires… Montre moi… » lui dis-je le regard fixé sur son entrejambe. Effectivement je constate avec gourmandise à quel point le cuir de son pantalon est tendu. Mon regard se plante alors dans le sien et j’introduis deux doigts dans ma bouche que je commence à sucer langoureusement.
- « Tu vas me rendre fou de désir salope !»
N’en pouvant plus de voir R ainsi torturé par le désir, et frustrée de ne pouvoir me fondre avec lui dans une étreinte libératrice, je me mets à quatre pattes et marche ainsi jusqu’à lui. Mes mains commencent par libérer ses pieds de leur entrave, remontent le long de ses jambes, ouvrent la braguette et libèrent son bel étendard gonflé de désir. Ma bouche s’en empare et je commence à le sucer très doucement, faisant glisser son sexe jusque dans le fond de ma gorge. J’entends un râle, un cri, un cri de plaisir qui ressemble à un cri de douleur. Je relâche alors ma proie pour mieux la posséder une deuxième fois bien au fond de ma gorge.
- « Je suis à toi Thaïs. Je t’en supplie possède moi, marque moi, marque ma chair »
Son regard brille des éclairs de folie que j’aime, réveillant mes instincts de louve. Je baisse son pantalon. D’un geste de propriétaire je lui flatte la croupe et apprécie la douceur prometteuse de ses jolies fesses, puis me dirige vers la cuisine, j’ouvre un tiroir et trouve un couteau dont je vérifie l’aiguisage. Je m’en saisis et m’approche de R, le regard planté dans le sien :
- « Tu veux vraiment que je te marque, c’est ça que tu veux ? » lui dis-je tout en lui mettant la lame de couteau sous la gorge
- «Oui, tu me rends fou de désir. Marque moi, je veux sentir mon sang couler pour toi »
Je passe la lame du couteau sur la flamme d’une bougie, puis le passe quelques secondes sous l’eau.
- « Ton voeu va t’être exaucé. Je vais te faire une entaille dans la fesse et y dessiner mon initiale. Pendant quelques jours tu penseras à moi à chaque fois que tu seras assis »
Et je me mis à lui entailler la fesse droite, lui interdisant de crier, le temps d’une initiale. Le sang coulait sur sa fesse et dégoulinait le long de sa cuisse. Je léchai la traînée de sang et l’embrassai fougueusement pour lui faire goûter à son propre sang. A la fois émue et excitée par ce formidable désir je le détachai et me laissai ensuite glisser avec lui sur le matelas. Nos corps se sont alors aimés comme deux corps connus séparés pendant une trop longue absence. Nous étions intarissables dans nos étreintes et nos caresses et lorsque la jouissance est venue elle en fut presque douloureuse tant nous avions joué à faire reculer le moment ultime du plaisir.
 
Lorsque je suis repartie le lendemain matin, il dormait enfin, comme apaisé. Cette histoire ne faisait que commencer….
 
Moralité : en ces temps maudits par de sales virus ces jeux là sont désormais interdits. Lorsque le désir flirte avec la mort, aucun plaisir….

9 Responses to “E comme Entaille”

  1. Encore une petite perle qui merite bien un commentaire…parfois il m’arrive aussi de venir flirter avec certaines limites…dans l’attente de la suite de cobaye…

    pain d'epice

  2. Voici diablotin de Pain d\’Epice une petite histoire qui pourrait vous inspirer quelques débordements avec votre amante n\’est ce pas ? Il suffit maintenant de trouver une piscine avec cabine à trous…. ou une cabine d\’essayage dans un magasin quelconque….

    Thaïs

  3. Magnifique !! En effet, vous etes LA femme…

    chiraz

  4. La femme dont vous avez toujours rêvé sans doute :-) Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le sentiment que vous idéalisez fortement Thaïs. Vous la croiseriez dans la rue et vous ne la verriez pas.

    Thaïs

  5. Je doute que dans la rue, vous ne m’entaillez..ne vous idealise pas, je ne fais qu’exprimer le plaisir que j’ai a vous lire, vous sentir, vous deviner..

    chiraz

  6. Vous me lisez bien, il semblerait que vous me sentez bien. Reste à savoir maintenant si vous me devinez bien

    Thaïs

  7. Très beau récit. j’aime cet érotisme, et puis la référence aux Liaisons dangereuses me plait et me fait rêver……

    alain

  8. J’étais dans un état quasi second quand j’ai écrit ce récit : entre le rêve et la nostalgie du passé

    Thaïs

  9. Je crois comprendre ce que vous voulez exprimer. L’état second vous va bien.Je viens de relire, la fin du récit est formidablement émouvante.

    alain

Leave a Reply