Plaisir Partagé

Thaïs, Amazone et Hédoniste : le Plaisir, rien que pour le Plaisir, en toute Liberté

Tu ne sauras jamais, P, à quel point je t’ai détesté ce soir là, lorsque tu m’as punie sous je ne sais quel prétexte fallacieux enfoui dans ma mémoire vacillante, lorsque tu m’as condamnée à passer une nuit entière debout, complètement nue, les jambes écartées, les yeux grands ouverts, au pied de ton lit. Je devais te contempler pendant ton sommeil. J’ai obéi, une fois de plus, une fois de trop. 

Cette nuit là fut l’une des plus longues de ma vie. Tu t’es endormi très vite, ignorant totalement mon humaine présence. J’entendais ta respiration régulière, toi qui étais couché, détendu, la conscience tranquille, allongé en travers de ce lit si confortable. Dans le passé déjà à maintes reprises nos jeux t’avaient amené à me condamner à passer certaines nuits couchée à tes pieds, à même le sol, comme une petit chienne, attachée au pied du lit ou pas. Parce que le repas n’était pas prêt à temps, parce que la fellation obligatoire du soir manquait de volupté, parce que j’avais oublié un poil en m’épilant, parce que j’avais fait du bruit alors que tu étais au téléphone alors que je n’étais pas sensée exister dans ta vie, parce qu’il y avait un pli de trop dans l’une de tes chemises, parce que j’avais éternué dans ce placard qui me dissimulait alors que tu baisais cette autre femme. Parce que, parce que….Des parce que il y en eut des centaines.

Je savais que cette nuit ci serait très longue : nous étions un samedi soir et tu avais pour habitude de traîner au lit le dimanche matin. Je savais que tu prendrais un malin plaisir à retarder le moment où tes paupières s’ouvriraient. Les heures les plus terribles furent celles du petit matin quand, les jambes gonflées par la fatigue et l’immobilité totale – tu m’avais même interdit d’aller pisser - je te voyais dormir sereinement, complètement détendu. Cette aube là dura des siècles pour moi qui attendais vainement un clignement d’œil, un signe d’éveil de ta part. 

Tu ne t’imagineras jamais non plus à quel point je t’ai haï lorsqu’à peine éveillé, ouvrant difficilement un œil, tu as bredouillé à mon intention, sans même un regard : 

- « Petit déjeuner ! » d’un air renfrogné, échangeant ainsi la liberté de mes deux jambes contre de la servilité et l’humiliation mes deux lots quotidiens. 

Sans discuter, mais le cœur lourd de rancunes accumulées, je suis sortie de ta chambre, j’ai enfilé les premiers vêtements qui me venaient sous la main, j’ai pris mon sac et suis sortie acheter des croissants frais. Comme d’habitude. 

Une fois la porte de l’immeuble franchie je fus envahie par une déferlante de bonheurs simples, ceux qui font frissonner d’un doux frisson de plaisir : bonheur de respirer librement et sans contraintes, bonheur de sentir les premiers rayons de soleil dans le dos, bonheur de renifler les bonnes odeurs de pain frais et de café après une nuit blanche dans l’enfer que je m’étais construit au fil de cette relation qui dégénérait. 

Je suis rentrée, j’ai préparé ton petit déjeuner mon seigneur et maître. Comme si j’avais passé une nuit normale et reposante. 

Comme tu m’en avais donné l’habitude durant des mois de servitude et d’inexistence, je franchis le seuil de ta chambre chargée de ton appétissant plateau dominical jamais partagé, nue sous ma jupe, prête à l’emploi comme tu aimais me le répéter. Je souriais ce matin là, rayonnante de bonheur. Ma décision était prise de quitter ce qui m’était devenu une prison au fil des jours alors que nous dérivions tous deux sans capitaine des rives rassurantes des plaisirs ludiques vers les tempêtes intérieures d’un mode de vie pervers et dangereux. J’avais décidé de ne pas me noyer dans cette mer là, et de m’accrocher au radeau de la vie qui croisait mon chemin ce dimanche. 

Je pris un croissant sur le plateau, le trempai dans ton sacro-saint café jusqu’à l’imbiber, prélevai une culotte de mon sac et l’enfilai non sans dissimuler mon plaisir à le faire, ramassai ma brosse à dents et mes rares possessions d’esclave, et te quittai sans regrets, te laissant sans voix, pantois et médusé, contemplant le croissant imbibé dans la tasse de café désormais refroidi. 

Je quittai cet appartement dans lequel je n’avais jamais existé pour un ailleurs de liberté, avec pour tout bagage ma légèreté retrouvée et pour toute richesse un petit sac de voyage rempli de quelques effets personnels. 

  

Moralité : les mauvaises choses ont aussi une fin.

12 Responses to “N comme Nuit Blanche”

  1. Voilà donc une femme, enfin…
    Vous préférez le croissant ou la brioche ? Et le café ? Un sucre, deux ?

    L'Eronaute

  2. Cher Eronaute, comment dire ? Une grande tasse de Vie, un nuage d’air du large, un peu de vent, et quelques morceaux de liberté. Voilà qui me convient parfaitement au petit déjeuner.

    Thaïs

  3. Embarquez donc sur mon navire virtuel et venez jouer sur le pont… Il y a de l’air, du soleil et la liberté !

    L'Eronaute

  4. Point de regrets Thaïs,celui-là n’était pas Alexandre
    … mais pire que pendre ;-)

    La volonté de conquête
    et de domination,
    exige du bon maître
    tendresse et affection!

    Alors, poursuis ta quête,
    faible quand tu auras trouvé
    Mais forte
    tant que tu cherches.

    Gradlon

  5. L’Eronaute, quite à avoir le mal de mer je préfère les navires réles aux navires virtuels… quoique…
    Gradlon : il y a longtemps que j’ai abandonné la quête de ce Graal là.

    Thaïs

  6. Ah non alors!

    Sérieusement, il ne faut pas perdre l’ “esprit et l’espoir de la quête”… au risque de dériver vers le triste et le sordide.

    Je suis sûr, à tout le moins j’espère, que vous ne pensez pas ce que vous dites! allons Thaïs, le plaisir du ventre impose que le coeur y soit présent aussi ;-) !

    Et, puisque vous parlez du graal, il n’y a pas toujours si loin qu’on croit… de la coupe aux lèvres! Courage, vu votre sens de l’humour, l’optimisme doit être de rigueur!

    Gradlon

  7. Si si je pense ce que je dis. Je maintiens. Et je ne suis pas pessimiste. cette histoire se termine bien puisque j’y retrouve ma légèrete et ma liberté momentanément perdus le temps d’une petite halte sur un chemin de traverse…

    Thaïs

  8. Ah… les chemins de traverse! Du moment que l’on ne perd pas le nord ;-) !

    Gradlon

  9. Je n’ai jamais perdu le Nord ni la boule Gradlon. Il n’y a pas de raison que ça change…

    Thaïs

  10. Je me fais le N aujourd’hui !
    Nuit blanche bien noire …
    Les miennes peuvent aussi se passer à la regarder dormir, mais je suis consentant !
    Belle écriture …

    Philo

  11. Bienvenue dans les archives du blog Philippe ! C’est beau d’être consentant…. et amoureux ! J’étais en ce qui me concerne partante par défi et par jeu, mais nos comparaisons s’arrêtent là.

    Thaïs

  12. Ouf, Thaîs en cage comme un serin ce ne pouvait, il me semble, n’être qu’une courte expérience.

    alain

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