Plaisir Partagé

Thaïs, Amazone et Hédoniste : le Plaisir, rien que pour le Plaisir, en toute Liberté

Ce jour là I nous avait généreusement concocté une soirée dont nous nous souviendrons longtemps, D et moi. D’autres personnes s’en souviennent sans doute également… Mais ne nous égarons pas dès l’abord et lisez donc plutôt ce qui suit
Il est 20 heures. Il fait froid ce soir là. Aussi précis que des horlogers suisses, I et D me retrouvent Porte de Vincennes, notre point de départ. Je les rejoins, grimpe dans la voiture d’I, et nous – étrange équipée d’un soir - voilà partis pour une mystérieuse destination inconnue. Au cours de notre voyage nocturne I nous décrit dans les grandes lignes le déroulement de la soirée qu’il a imaginée pour nous. Dans le coffre se trouve un sac contenant de quoi nous vêtir pour cette soirée bien particulière à laquelle nous sommes conviées D et moi-même. Il fait bon dans la voiture, et nous devisons gaiement comme si nous nous rendions à un dîner chez des amis communs. Finalement, après 45 minutes de route environ, nous arrivons à notre destination finale. I gare la voiture sur la place d’un village si calme qu’il en semble abandonné. Tous les volets sont clos, mais la pleine lune, qui éclaire l’endroit de son doux rayonnement, nous permet de distinguer un monument aux Morts, un clocher, quelques bâtiments aux volets clos et quelques voitures posées sur la place de ce village aux allures d’un autre siècle. Tous trois, nos talons martelant le sol sec et dur, nous nous dirigeons vers une imposante bâtisse, si sombre qu’elle semble inhabitée. J’ai du mal à croire que le lieu soit occupé, et je me demande quel singulier fantôme va nous ouvrir la porte. I nous devance et frappe à la porte. Un  aimable et souriant portier nous accueille au rez-de-chaussée de la bâtisse, nous indique l’endroit où nous allons pouvoir nous changer toutes les deux, et finit par disparaître aussi vite qu’il nous est apparu. I, notre protecteur, qui ne nous quitte pas d’une semelle, nous dévoile alors avec des airs très mystérieux le contenu de son sac : deux tenues complètes de nonnes. Les futures religieuses échangent un regard mi figue mi raisin à la vue de ces frusques d’abbatiale. I se retire alors discrètement pour que nous puissions échanger  en toute tranquillité nos vêtements quotidiens contre nos tenues de nonnes en herbe débutantes en enfilage de ces incommodes vêtements. Me voilà vite empêtrée dans ces frusques enfilées à l’envers, à la hâte. Je suis si maladroite que D, très maternelle, finit par m’aider, nouant le cordon autour de mon ventre, boutonnant la coiffe blanche à mon cou. Notre cabine d’essayage ne recèle hélas aucun miroir susceptible de nous renvoyer une image peu habituelle de nos silhouettes de femmes habituellement sexuées. Je me contente donc de regarder D et d’imaginer la Thaïs nouvelle en robe de bure et petite coiffe blanche de nonne innocente : une religieuse faussement angélique, portant des sous vêtements bien sulfureux, empêtrée dans sa bure et ses talons aiguilles. Me donneront ils le bon dieu sans confession ces messieurs qui nous attendent. Mais où sont ils ? Nous n’entendons rien. Le silence est étrangement pesant dans cette bâtisse humide aux murs épais. Nous voilà toutes les deux sur la case « Départ » d’un jeu terriblement pervers à bien des égards mené par notre meneur de jeu préféré. Je ne me pose aucune question, D non plus : nous avons toutes deux décidé de nous en remettre à I ce soir là.
Malgré la robe épaisse qui nous couvre du cou aux chevilles nous grelottons dans cette bâtisse qui sent l’humidité accumulée pendant de longues journées d’inoccupation et de vacuité. Un homme bienveillant, désireux de nous procurer un peu de chaleur sans doute, nous propose un verre de vin. Vin de messe ? Je n’aurai jamais de réponse à cette question. I, qui s’était absenté le temps de notre longue et difficile séance d’habillage, nous rejoint enfin, nous regarde, nous jauge et nous sourit l’air visiblement content de lui : il anticipe le bougre !
- « Venez mesdames je vais vous donner vos instructions maintenant…. On va vous isoler, chacune dans une pièce différente. Ici ces lieux d’isolement sont appelés cabinets de réflexion. Vous serez dans le noir et quelqu’un viendra vous chercher à tour de rôle pour vous emmener en un lieu secret. On vous bandera les yeux et vous vous laisserez guider. Ne retirez le bandeau en aucun cas : vous ne devez voir aucun visage, et vous ne verrez rien du lieu dans lequel on va vous conduire. On vous posera des questions, et vous répondrez, en votre âme et conscience. Vous avez des questions à poser ? »
….. Silence…..
- « Bon je vous accompagne dans vos locaux mesdames. Toi Thaïs attends ici j’accompagne D en premier »
I prit D par la main et l’emmena je ne sais où, probablement dans un lieu similaire à celui où il m’emmena également quelques minutes plus tard. Je profitai de ce court moment de solitude pour m’agiter un peu : le froid insidieusement m’envahissait de la tête aux pieds, et mes dents n’allaient pas tarder à claquer, je le savais. Froid et montée d’adrénaline. Drôle de cocktail pour une chaste bonne sœur. I, de retour de sa visite à la geôle de D, toujours aussi hilare me prit également par la main et m’emmena dans la direction opposée. Il ouvrit la porte d’une sorte de placard et m’y poussa, prenant soin au passage de me caresser les fesses de la manière la plus inconvenable qui soit. Le placard était aménagé : une table et une chaise dans un coin, chaise sur laquelle je m’assis dignement. Sur la table sont posés une bougie et un crâne humain au large sourire. I prit congé en déposant un doux baiser sur mes lèvres :
- « A plus tard ma belle »
La porte se referma, me laissant seule, dans le silence absolu de cette grande bâtisse secrète. Bien évidemment Je commençai à claquer des dents. Il ne manquait plus que les cris de chouettes, les ectoplasmes, les toiles d’araignées et autres fantômes. Le train fantôme sans les rires nerveux. Que faire pendant ce temps là ? Chanter ? Non, Thaïs tu sais bien que tu chantes faux. Réciter des poèmes ? Oui oui c’est vrai j’ai toujours détesté la poésie. Les tables de multiplication alors ? Tiens bonjour Oscar, j’ai omis de te saluer excuse moi mon cher… To be or not te be, that is the question n’est ce pas Oscar ! Ca t’amuse cette mascarade d’opérette ? On veut nous inquiéter avec toutes ces grand-guignoleries ? Bon , trêve de plaisanteries, je n’ai plus qu’une chose à faire : attendre, tranquillement et surtout ne rien imaginer, écouter, ressentir, sentir, utiliser mes sens, être prête à tout, maintenant et sans a priori.
J’en étais là de mes réflexions lorsque la porte s’ouvrit sur notre portier. Celui-ci m’invita à mettre un bandeau sur les yeux, me prit par la main – O la chaleur de cette main ! – et me demanda de le suivre, ce que je fis. Fini de rire, Thaïs aveugle embarquait pour Cythère aux bras d’un doux et charmant, guide des repères secrets de la bâtisse d’un autre siècle aux murs épais…..

8 Responses to “Chez les Hommes Secrets (1): Les Nonnes”

  1. O,
    ça commence bien. La voiture, le bandeau, le chateau…

    IMAGO

  2. J’aime beaucoup le contraste entre l’habit sévère et la lingerie sulfureuse…

    L'Eronaute

  3. Imago, vous prenez mes vessies pour des lanternes : il s’agit d’une “bâtisse” sombre de surcroit, pas d’un château loin s’en faut !
    L’Eronaute…. vous allez être servi en matière de souffre. Vous risquez l’overdose avec ce qui va suivre….

    Thaïs

  4. Que nenni ! Je suis vacciné.

    L'Eronaute

  5. la suite par pitié , la suite….

    royale

  6. L’Eronaute : Ouf me voilà rassurée j’aurais eu des scrupules à vous voir souffrir les affres de l’overdose de souffre. Vous seriez devenu tout vert. Quelle horreur !
    Royale ne soyez pas trop impatiente, la suite va arriver. Cette histoire aura deux autres épisodes et même une illustration de Imago pour le troisième épisode. La suite probablement la semaine prochaine….

    Thaïs

  7. … Nous restons suspendus à vos lèvres…

    L'Eronaute

  8. Suspendu à mes lèvres, vraiment ? Mais je ne dis rien !

    Thaïs

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