Plaisir Partagé

Thaïs, Amazone et Hédoniste : le Plaisir, rien que pour le Plaisir, en toute Liberté

Il en a fallu de la patience à mon gentil guide pour me faire gravir les marches de pierre qui nous menèrent du rez de chaussée à la prochaine étape de mon parcours de nonne en herbe. Il m’encourageait de la voix et du geste afin de mieux m’aider dans ce parcours difficile et chaotique semé d’embûches pour l’aveugle que j’étais subitement et volontairement devenue. Plus nous montions, plus l’atmosphère se réchauffait et plus le plafond s’approchait de nos têtes (vous savez, comme dans cette fameuse nouvelle d’Edgar Allan Poe), à tel point qu’une fois toutes les marches gravies j’étais dans une position très inconfortable ne me permettant ni de me tenir debout, ni de me tenir droite. Quelle sorte de naine étais-je donc devenue ? Mon guide m’ordonna de ne plus bouger alors qu’il dégageait une lourde tenture menant à la porte, cette porte qui ouvrait vers le sanctuaire des Hommes Secrets.

J’avance de quelques pas sur le seuil, et je sens une soudaine chaleur, ainsi que des présences muettes et scrupuleusement silencieuses. Mon guide me dirige vers une chaise sur laquelle je suis invitée à m’asseoir. Confortablement assise, bien calée au centre de la pièce sans doute, je tente quelques secondes d’imaginer, de ressentir et d’interpréter ce qui m’entoure : je sens l’odeur de bougies qui se consument, les respirations contenues des hommes, je sens aussi la pénombre ambiante ; en effet, aucune luminosité supplémentaire n’a traversé le bandeau sombre. Je perçois les regards qui convergent et une atmosphère lourde et recueillie dans l’assistance qui m’entoure. Qui sont ces hommes ? Combien sont ils ? Qu’attendent-ils au juste ? Quel est leur but ? Je n’en ai aucune idée. Je sais ce que I nous a décrit pendant le trajet : selon leur rite hebdomadaires ces hommes sont réunis pour poser des questions inhabituelles qu’ils n’ont pas pour habitude de poser entre eux, des questions déviantes somme toute, parfois très intimes. Nous les nonnes, nous avons été invitées pour répondre à ces gênantes questions le plus sincèrement possible. Soit. Ces hommes secrets semblent bien sérieux mais je suis prête à jouer à ce nouveau jeu là. Pour le plaisir, rien que pour la légèreté papillonnante de mon plaisir. Je n’ai aucune appréhension. J’attends. Une voix humaine mâle et grave, finalement, s’élève devant moi.

- « Sœur Thaïs, nous vous avons fait venir pour vous poser quelques questions auxquelles il vous sera demandé de répondre le plus franchement possible. Vous garderez ce bandeau pendant l’interrogatoire et vous retirerez de ce lieu comme vous êtes venue, en compagnie de votre guide qui vous ôtera le bandeau lorsque cela vous sera permis. Etes vous prête ? »

- « Oui »

Je croise les jambes, mes bas et mes escarpins doivent maintenant leur sauter aux yeux. C’est étrange, cette apparente absence de réaction de leur part : pas l’ombre d’une toux, d’un soupir ou d’un rire nerveux à la vue de cette nonne sans foi ni loi. Combien peuvent-ils bien être ? Deux, dix, vingt ? En attendant la réponse à mes pragmatiques interrogations, je tente de me tenir convenablement comme il sied à une novice : j’évite donc d’écarter les jambes ou de prendre une attitude qui pourrait être jugée trop décontractée pour la circonstance.

Trêve de politesses et de salamalecs, les questions commencent à fuser de toutes parts : en face, à ma droite, à ma gauche. Qui sur un mode amusé, qui sur un mode distant, qui sur un mode souriant, voire bienveillant. Toutes les questions commencent par « Sœur Thaïs » et se veulent intimes, inquisitrices, provocantes ou troublantes. Les questions dans leur majorité m’amusent par leur naïveté et leur innocence. Peu ou pas habitués de ce type de pratique rituelle, ils n’osent sans doute pas pousser plus loin leurs intimes investigations dans la vie de plaisirs d’une femme, nonne de surcroît. I, lui aussi dans les rangs des Hommes Secrets, questionne, tentant probablement de leur donner le « La » : je reconnais bien évidemment sa voix. Il est le seul à poser des questions plutôt crues et directes. Ce petit jeu m’amuse, bien évidemment parce qu’il s’agit avant tout d’un jeu, mais ne m’émeut guère. A aucun moment je me sens menacée, désarçonnée, remise en cause par les questions qui fusent. Pas la moindre montée d’adrénaline… S’ils savaient à quel diable ils s’adressent ils ne prendraient autant de précautions oratoires pour me demander pourquoi j’avais accepté de venir participer à leur petite séance, si je me comparais à une femme aux prétentions d’écrivain que je ne nommerai pas ici parce que je n’apprécie ni ses écrits ni son mode de vie, si la sodomie était l’une de mes pratiques (Oula), si j’utilisais des préservatifs, si je me masturbais (arrière satan !), quand j’avais baisé pour la dernière fois (pas de boogie-woogie avant la prière du soir !), et je ne sais quelle autre question trouvée en vitesse pour les besoins de ce jeu de la vérité intime d’une femme pour lesquels ils n’étaient pas véritablement préparés.

(Messieurs les Hommes Secrets je vous souffle quelques questions au hasard, au cas où vous voudriez rejouer à ce jeu là avec d’autres visiteuses novices. A vous de broder et d’y ajouter les détails les plus croustillants et les plus tordus :
-  Sœur Thaïs avec vous mis une culotte ce soir ? Si vous avec mis une culotte retirez la s’il vous plaît. Remettez la à votre guide va nous la faire passer afin que nous en humions les saveurs intimes et les commentions à tour de rôle

- Sœur Thaïs décrivez nous et montrez nous comment vous vous masturbez
- Sœur Thaïs racontez nous le plaisir que vous avez pris lors de votre dernière partie de jambes en l’air par le menu détail
- Sœur Thaïs parlez vous de votre part d’animalité s’il en est
- Sœur Thaïs quelles sont les limites à votre plaisir ?
- Sœur Thaïs adhérez vous aux paroles de cette chanson française bien connue dont le couplet dit « L’amour c’est beau lorsque c’est sale » ?
- Sœur Thaïs avez-vous déjà baisé avec un inconnu ? Si oui expliquez nous tout ce que vous avez ressenti ;
- Sœur Thaïs jouissez vous à chaque fois que vous baisez ?
- Sœur Thaïs est ce que vous appréciez sexuellement les femmes ?
- Sœur Thaïs quel est le moteur de votre plaisir ? A quoi fonctionnez vous ? Qu’est ce qui vous fait vibrer ?

Fermons la parenthèse….)

Je ne sais combien de temps dura cette amusante séance mais j’eus cette désagréable et frustrante impression d’être arrêtée très rapidement dans notre bel élan commun : une voix magistrale, la même que la celle qui m’accueillit, nous invita au silence et nous fit comprendre que la séance était terminée. Je n’avais plus qu’à me faire raccompagner par mon cher guide là d’où j’étais venue. Me serais-je compromise en donnant une “mauvaise réponse” à une question ? Etais-je hors-jeu ou était ce la règle de limiter le temps de cette pantomime ? Je quittai la pièce à nouveau plongée dans un grand silence et un grand recueillement. Mon guide m’accompagna jusqu’en bas, ôta mon bandeau et me proposa de prendre une petite collation en attendant que D en ait terminé avec son interrogatoire au bandeau. Je vis D sortir souriante du cabinet de réflexion en compagnie du même guide. Tous deux prenaient la direction des escaliers.

- «  Bonne chance Sœur D » dis-je à D pour l’encourager dans sa montée vers le saint des saints.

Amusée, bien que vaguement frustrée, j’attendais la suite des évènements ; il y aurait une suite, plus substantielle cette fois. Munie du précieux papier que m’avait envoyé I, je relisais avec délectation et j’attendais, un verre de vin à la main, dans cette pièce où il faisait toujours aussi froid.

6 Responses to “Chez les Hommes Secrets (2) : l’Interrogatoire”

  1. Il est vrai que pour l’instant ce sont ces Hommes Secrets qui paraissent bien novices à côté de vous… Peut-être faudrait-il leur réserver une séance d’initiation…

    L'Eronaute

  2. Je ne crois pas qu’ils étaient tous si novices que ça. Disons qu’ils ont été un peu “surpris” par cette soirée…

    Thaïs

  3. Bravo, ça me plait.
    J’ai commencé un dessin où il est question d’un parking…

    IMAGO

  4. Imago je n’ai qu’un mot à dire : merci ! J’ai hâte de pouvoir mettre quelques uns de mes récits en images…. D’ailleurs la première image symbole de notre collaboration ne devrait pas tarder à être publiée….

    Thaïs

  5. Votre histoireest pour le moins surprenante. Allons chère inconnue,vous n’avez pas deviné qui étaient vos hôtes? Le cabinet de réflexion, le crâne qui s’y trouve, la part de symbolisme, le froid d’une bâtisse à priori inhabitée, la montée…vers “le temple”, le bandeau bien sur puis le questionnement de ceux qui visiblement ce sont octroyés une déviance aux travaux plus conventionnels qui les occupent à l’ordinaire. Allons Thais, vous semblez cultivée et je pense bien informée.Ce ne sont pas (probablement) trois petits points qui vont vous échapper…!

    salomon

  6. Salomon, il ne s’agit pas d’amnésie ou de bêtise de ma part loin s’en faut. Je suis allée chez mes hôtes en tout état de conscience et Thaïs l’auteur a choisi de ne pas dévoiler ce pan là de l’histoire. Mes hôtes se reconnaîtront, leurs frères également. Quant aux autres lecteurs laissons les rêver. J’écris des récits érotiques, pas des reportages…. C’est mon choix

    Thaïs

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