Te souviens-tu, te souviens tu de ces vingt quatre heures passées dans cet hôtel parisien proche de la Gare de l’Est ? Je venais de Lyon, ma ville femelle adorée. Toi tu habitais Paris, la fourmillante Goutte d’Or. Toi tu étais « Animateur » Minitel, une de ces femmes chronovores qui vous allumaient les hommes pour leur faire passer du temps, toujours plus de temps. Tu étais plus jeune que moi, doté d’une belle gueule d’ange, et tu affichais le sourire qui colle avec ton visage. L’ange n’avait pas particulièrement retenu mon attention ; à vrai dire c’est ta facette diabolique et sulfureuse qui m’avait poussée à effectuer le déplacement vers la capitale. Deux semaines auparavant nos chemins s’étaient croisés, par hasard ou presque, lors d’une soirée à laquelle mon dominant et peu respecté mâle du moment m’avait confié à toi, beau et curieux garçon de passage dans cet hôtel sordide des environs de la Gare de Lyon. Coincés entre les toilettes peu reluisantes et le lavabo fendu de la salle de bains nous avions réussi à échanger nos coordonnées, en catimini. Deux semaines après je te retrouvais en tête à tête cette fois, toi E le ténébreux au doux sourire et au regard parfois si dur, tranchant comme une lame de rasoir.
Te souviens-tu du contenu de ton petit sac à dos dans lequel tu puisais tes armes alors que, confiante et les yeux bandés, j’encaissais avec bonheur les situations les plus éprouvantes et les plus humiliantes ? Plus je souffrais de ta veloutée main de fer plus la dépendance grandissait, plus je me sentais sous ton emprise. Ton petit sac à malices si mignon contenait pêle-mêle : un foulard, des ciseaux, des cordes, des punaises, des bougies, des cintres, des épingles, des pinces à linges, du dentifrice … et une mystérieuse petite bouteille rouge. Drôle de matériel pour une grande lessive ! C’est moi, Thaïs, qui fut lessivée, puis rincée ce samedi là.
Le foulard tu attachas solidement sur mes yeux pour ne plus voir mon regard affolé et mes pensées, et pour pouvoir ainsi agir à ta guise, tranquillement, de manière méthodique, comme un noir entomologiste.Muni de tes ciseaux tu lacéras mon slip, dernier rempart à ma pudeur, avant d’en arracher les lambeaux que tu m’enfonças dans la bouche.
Les cordages tu utilisas pour me ligoter fermement et mieux me sentir à ta merci.
Les cintres métalliques, une fois dépliés par tes soins, devinrent de terribles lanières de fouets me cinglant les fesses et le reste sans répit, de plus en plus fort, jusqu’au sang.
Les punaises parsemées sur une chaise me firent fakir lorsque, non content de m’avoir assise sur cette chaise là, tu vins t’asseoir sur mes genoux pour mieux m’éprouver et m’embrasser tout à la fois.
De la cire brûlante et rouge des bougies tu vins panser mes blessures avant d’en disperser les multiples scories refroidies aux quatre coins de la chambre minuscule à force de coups de ton ceinturon sur mon corps déjà brûlant de douleurs et d’excitation confondus.
Les pinces à linges –en plastique et multicolores – tu déposas par dizaines sur mes tétons, mes lèvres et mon gentil clitoris si doux et si généreux.
De tes mains tu me fessas copieusement pour parfaire ton oeuvre.
Tu cherchais mes limites, ce moment où j’allais m’effondrer à tes pieds en criant grâce, mais le moment de ma défaite n’était pas arrivé, pas encore. En excellent stratège tu ôtas mon bandeau, m’embrassa le plus tendrement qui soit et m’invita à me rhabiller. Le tissu de mon jean accentuait la sensation de brûlure sur mes fesses et mes jambes alors que nous nous rendions tous deux vers ce restaurant où nous nous rendîmes à pied. Mon corps était en feu et je brûlais de désir pour toi, prête à tout, sans limites. Nous avons passé plusieurs heures complices, papotant de tout, de rien, de nous, gaiement, comme si rien de particulier ne venait d’arriver, n’ évoquant aucun des supplices. Nous nous abandonnions l’un à l’autre sans réserves et je réalisais à quel point j’étais heureuse d’avoir croisé ton chemin pour une intense parenthèse dans nos vies respectives. Brutalement, alors que le personnel tentait de nous faire comprendre une fois de plus que l’heure de la fermeture était largement dépassée, ton regard devint aussi acéré et dur qu’il était doux dans la seconde précédente. Pas un mot. Tu te levas, j’avais compris.
De retour à l’hôtel tu ne me mis point le bandeau : tu n’avais désormais plus peur de mon regard et je savais que je devrai désormais affronter le tien à tout moment.
Les cheveux tu me tiras de la manière la plus cruelle et la plus douloureuse.
Par le scalp douloureux tu m’attiras à ta queue fière et raide au goût de santal.
Ma gorge tu remplis jusqu’aux spasmes incontrôlables du vomissement ravalé aussitôt dans les larmes.
De dentifrice tu m’enduisis largement la vulve, les lèvres, le clitoris et l’accès à mon sexe humide du désir de me faire posséder par toi. Ce que tu fis d’un seul élan dans le seul but de mieux faire pénétrer le dentifrice au fond de mon vagin en une brûlure intense et partagée comme si tu me pourfendais de ton glaive de feu.
La petite bouteille rouge bien cachée au fond de ton sac tu sortis, et après m’avoir largement dilaté le petit trou de tes longs doigts fouilleurs puis de ton épée de chair, tu instillas quelques gouttes de ce piment liquide en mon calice ouvert puis sur mon sexe béant et juteux de ma cyprine copieusement mêlée de dentifrice. Le liquide rouge glissa et pénétra dans les moindres recoins de mon intimité. Jamais je n’avais connu brûlure aussi atroce. Te souviens tu comme j’ai hurlé et comment la douleur me faisait tordre sur le lit-charnier, témoin de nos étranges ébats.
Par les cheveux à nouveau tu me trâinas jusqu’à la salle de bains, me poussas dans la baignoire et me pissas dessus, longuement, en m’ordonnant de te regarder dans les yeux et de te remercier. Ce que je fis en éclatant en sanglots. Je capitulais enfin après des heures de résistance acharnée face à ce doux bourreau.
A cet instant précis ton regard changea à nouveau. Tu me fis un couler un bain et m’invita à m’y plonger. Tu me rejoignis dans l’étroite baignoire, et me couvris de doux baisers. Puis, comme deux enfants consolés, nous avons joué et chahuté, inondant la salle de bains de nos jeux, et les voisins de nos rires. Mon corps bouillant et chaviré par tant de souffrances et d’émotions contradictoires jouit de ton sexe bandant si mérité alors que tu me baisais enfin. Parce qu’il n’y aurait pas de lendemain.
Je t’ai haï comme j’ai détesté ton emprise, toi le seul homme que j’aie considéré comme mon mâle dominant, toi le complice qui comme moi te moquais du decorum et des apparences, toi l’ami qui ne m’a jamais demandé de t’appeler « Maître » sauf pour rire, entre nous, parce que nous savions qu’il ne s’agissait que d’un jeu, un jeu cruel que nous partagions, comme des enfants, pour le plaisir rien que pour le plaisir.
La suite chronologique, ou plutôt une des suites de ces récits en pointillés est dans « Le Cirque » (catégorie “Morte de Rire”, septembre 2006)

Signal : dentifrice à rayures rouges ?
Magnifiquement écrit ( Hum, il faudrait que je songe à varier les compliments… )
IMAGO
January 11th, 2007
Je vous sens connaisseur sur ce coup là. Oui oui Signal pour le dentifrice. Quant à la petite bouteille rouge, au moment de ce récit, la publicité disait qu’elle “vous mettait le feu aux miches”. Si si je vous assure. Maintenant reste à savoir qui avait inspiré qui ou quelles étaient les pratiques des créateurs de cette publicité
Thaïs
January 11th, 2007
Mission accomplie. Je bande…
stéphane
January 12th, 2007
Stéphane j’espère que d’innocentes et gentilles jeunes femmes récupérées sur votre blog ne viendront pas se plaindre sur mon blog pour cause de conduite sadique sous prétexte que cela vous fait bander
Thaïs
January 12th, 2007
Si tel était le cas, elles n’auraient vraiment rien compris
Stéphane
January 12th, 2007
Oui et je m’empresserais de leur fair comprendre qu’elles se sont trompées d’adresse pour le bureau des pleurs et réclamations
Thaïs
January 12th, 2007
Le service après-vente n’est pas assuré ?
IMAGO
January 13th, 2007
Non non Imago… D’ailleurs on ne vend rien ici
Thaïs
January 15th, 2007
Merci pour cette petite nouvelle a la fois tendre et d’une violence inouie (pour moi qui suis peu au fait de ce genre de pratique).Adepte du divin marquis,voila de quoi vous regalez.A bientot pour une petite dose de tes mots et de toi..
pain d'epice
January 15th, 2007
Joyeux texte sur l’heureux destin d’un dentifrice qui n’etait jamais sorti d’une bouche…..
crazydoc
January 15th, 2007
Pain d’Epice je ne suis pas une adepte du divin marquis loi s’en faut. Ne vous fiez pas à cette histoire pour en faire une généralité
Crazydoc je crois que le piment de la petite bouteille était encore plus heureux que le dentifrice dans cette histoire
Thaïs
January 16th, 2007
En passant seulement. Du rouge m’a donné des bleus à l’âme, il y longtemps..
alain
June 3rd, 2007
Comment dire les sensations contradictoires qui m’ont assaillie tout au long de votre récit ? Fantasme ou réalité, je reste sans voix, troublée, inquiète même. Se peut-il que le plaisir se loge dans ces ébats-là ? Se peut-il q’un homme et une femme, le temps d’un rencontre furtive, aillent si loin et au-delà du tolérable, du supportable ? Je quitte votre antre chamboulée, gênée, indécise… Je reviendrai y réfléchir ici. Vous lire plus me donnera-t-il la clé ?
Gicerilla
February 17th, 2008
Si si Gicerilla le plaisir peut se loger dans ce genre d’ébats là, à condition d’être dans les dispositions qu’il faut. L’adrénaline qui circule à flots, le contexte et un grain de folie mènent parfois à des moments de jouissance inattendues. Le seul danger possible d’adrénaline est une forme d’accoutumance, finalement
Thaïs
February 18th, 2008