Plaisir Partagé

Thaïs, Amazone et Hédoniste : le Plaisir, rien que pour le Plaisir, en toute Liberté

J’avais autrefois une véritable prédilection pour les rendez-vous furtifs en des lieux insolites : mon antre et mon lit, mon havre de paix, de repos et de plaisirs solitaires, je ne les partageais avec quiconque. Je vous offre aujourd’hui un échantillon d’un des ces moments ludiques où plaisirs, excitation et besoins d’adrénaline ne se conjuguaient qu’avec les mots « furtivité » ou « sauvette ». Avec d’anonymes inconnus, ou presque. Une fois de plus – il s’agissait de notre troisième et dernière rencontre - nous nous étions donné rendez-vous en face de ce bistrot toujours bondé quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit : l’estaminet se trouvait en face de la Mairie et de l’Eglise, sur la place où se tenait le marché bi-hebdomadaire. C’était aussi le lieu de convergence des arrêts de bus. Bref, aux heures de pointe le lieu était plein à craquer de consommateurs qui attablés, qui accoudés au comptoir. Nous étions tous deux en territoire connu puisque nous habitions ce quartier là de cette grande ville. Notre scenario, bien huilé, ne variait guère et s’était jusqu’alors toujours déroulé à la perfection : j’arrivais la première et je m’attablais. Je commandais un café, et il arrivait ensuite, cinq ou dix minutes après moi, s’accoudant au comptoir pour mieux appréhender la situation et la stratégie à adopter dans cet endroit à la fois bruyant et animé où tous deux n’étions pas anonymes. Invariablement il s’arrangeait pour que je puisse le voir, et son clin d’œil m’indiquait quand je devais descendre aux toilettes, du côté des dames. Je m’installais et j’attendais qu’il frappe à la porte. Je lui ouvrais et il me rejoignait pour de furtives étreintes, pantalons baissés sur les chevilles. Ensuite nous sortions chacun à notre tour des vespasiennes soulagés et heureux, la mine réjouie, et nous nous quittions sans rien dire, comme deux étrangers. Ce jeu là nous amusait et nous excitait, et nous l’avions déjà testé en des lieux moins risqués. Ce jour là, sans doute par défi, nous avions décidé de remettre ça au bistrot en face de notre Mairie, sur notre propre territoire.
19 heures. Le bar bondé brille de tous ses feux dans la nuit hivernale. Je suis ravie d’être en avance et de pouvoir me réchauffer d’un café en regardant d’un œil distrait les badauds passer sous la pluie froide de ce début de mois de février. Réchauffée, je focalise mon attention sur les activités de comptoir dont jamais je ne me lasserai : les serveurs qui s’affairent, les discussions et les rires, les employés des bureaux des alentours qui viennent se détendre des frustrations accumulées dans leur journée de travail, ceux qui prennent un peu de chaleur et de force avant un long trajet, les vieux en mal de famille, les amoureux transis qui attendent, ceux qui viennent oublier, les copines sui se confient leurs secrets, les solitaires. La vie quoi. Un vrai plaisir pour moi de lire dans ce monde là à livre ouvert. Des tranches de vie s’écoulent. J’observe. Je note. J’en oublie d’ailleurs complètement notre rendez-vous lorsque le beau F entre, me cherche du regard, me trouve, et va tranquillement s’installer au comptoir entre un buveur de bière et un habitué du petit-blanc-cassis. F se tourne vers moi, un sourire mystérieux accroché à ses belles lèvres d’ange démoniaque. Il commande un café, lui aussi, et me regarde à la dérobée. Moi j’imagine son désir naissant, je jette mon obole sur la table au cas où mon amant furtif se déciderait à me signifier que l’heure de notre étrange ballet a sonné. Cinq à dix minutes passent dans le brouhaha général quand F me gratifie d’un doux clin d’œil de ses beaux yeux bleus. Je rassemble alors mes affaires éparpillées, descends au sous-sol, direction les toilettes de femmes, à côté de l’antédiluvien téléphone que plus personne n’utilise désormais. Personne dans les toilettes des dames : tout va bien, me voilà rassurée. J’ouvre la porte et m’installe tranquillement sur le siège rabattu des toilettes au milieu des odeurs mêlées de pisse et de poireaux-vinaigrette-steak-frites de la proche cuisine. Je pose mon sac par terre, ôte mon manteau et m’installe le plus confortablement possible dans ce palace dans lequel – O bonheur – je dispose même d’une patère pour accrocher le tout. Soudain on gratte à la porte couverte des sempiternels et universels graffitis obscènes. J’ouvre. C’est bien lui. Il se glisse à l’intérieur, entre mes cuisses écartées pour le laisser refermer la porte derrière lui. F baisse aussitôt slip et pantalon : il bande déjà très fort. Son sexe aux douces et chaudes odeurs masculines est dressé à hauteur de mon visage. Je reste assise. J’ai compris ce qu’il attend de moi cette fois.
- « Suce ! Vide moi les couilles ma salope ! »
Complice enthousiaste et obéissante je crache sur son gland découvert et referme ma bouche sur sa hampe, me mettant à pomper allègrement son membre dressé qui se raidit encore un peu plus sous mes caresses largement humides: je sens le doux gland rosé battre dans le fond de ma bouche à chaque fois que ma gorge vient s’empaler sur son dard frémissant d’excitation. Alors que je lèche chiennement les testicules de mon compagnon de plaisir quelqu’un ouvre la porte sans crier gare. Les réflexes de F sont fulgurants : il se saisit de la poignée, referme la porte et la verrouille, enfin, sans débander un seul instant. Je reprends alors mes caresses buccales interrompues par l’imprévisible irruption tout en lui adressant un regard lourd de reproches. Derrière la porte des femmes parlent. La conversation est animée. Vous pensez bien, un homme dans les toilettes des femmes ! Et en plus il n’avait même pas verrouillé la porte le goujat ! Combien sont elles à faire la queue et à attendre leur tour ? Je les maudis ces stupides femelles, tout en continuant à sucer mon complice avec une conviction accrue. La sève monte, monte inexorablement alors que je lui malaxe les testicules de la main gauche, que de la main droite je caresse langoureusement que sa hampe érigée, et que de la bouche et de la langue je m’agite sans me lasser. N’y résistant plus F se raidit, me saisit par les cheveux et m’enfonce sa queue bien profond dans la gorge au moment où il gicle son plaisir fulgurant, la tête rejetée en arrière. Au risque de m’étouffer. J’en ai les larmes aux yeux.
F remonte slip et jeans, ajuste sa ceinture. Je m’essuie le museau humide et nous nous regardons enfin, n’osant prononcer une seule parole : on entend au moins quatre empotées s’impatienter derrière la porte. Je leur en veux de ne pas tenter une échappée vers les toilettes des hommes pour se soulager la vessie, à ces greluches qui jacassent. Que faire ? Nous ne pouvons hélas tergiverser pendant des heures sans risquer d’ameuter la troupe. L’air soudain décidé, un éclair de malice dans le regard, F me fait signe de me taire, m’embrasse doucement sur la bouche et sourit avant de se retourner, d’ouvrir la porte en grand et de déclarer à qui veut l’entendre :
- « Désolé, elle a eu un malaise »
Et le couard file me laissant plantée là au milieu de ces pucelles au regard offusqué. Je tente de faire bonne figure, rassemble mes talents de mauvaise comédienne, leur souris de mon sourire le plus niais et je sors sans demander mon reste : on me fait une haie d’honneur dans un silence glacial. Je monte les escaliers, salue le patron d’un petit signe digne d’une reine mère et sors, calme et sereine en apparence, sans me précipiter. Sur le trottoir, je me retourne pour vérifier que les mégères et autres dames patronnesses courroucées ne me poursuivent pas de leur ire. Ouf, leurs pressants besoins les ont accaparées. Quant à F, il m’attend adossé au poteau du panneau de stationnement interdit, en face. Il me sourit, il rit, me fait un clin d’œil et s’éloigne en vitesse pour regagner ses douces pénates. Cinq minutes plus tard, alors que je pénètre dans mon antre solitaire je reçois un message : « On les a eues. A bientôt de t’enculer. Je t’embrasse ma salope. F »
 

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31 Responses to “W comme Water Closet”

  1. Parfait !!
    Excitant et amusant à la fois !
    Je me suis régalé avec cette lettre W…
    Encore bravo !

    Philo

  2. Ca y est je rougis….

    Thaïs

  3. Comme a mon habitude c’est avec la queue raide que je vous ecris ces quelques mots : merci divine thaïs a la langue exquise, salope experte qui me fait tourner la tête..

    chiraz

  4. Belle illustration d’Imago !
    Joli coup de crayon ….

    Philo

  5. je prefeferais nettement un joli coup de langue de Thaïs sur ma queue raide et gonflée …

    chiraz

  6. Chiraz, mon obsédé textuel, vous êtes de retour parmi nous ?

    Philo, oui vous avez raison Imago a beaucoup de talent mais moi ce que je préfère d’Imago ce sont ses illustrations qui apportent toujours un sacré plus à mes récits

    Thaïs

  7. Amoureuse transie de Boris, je suis venue lui faire quelques infidélités et j’ai adoré :)

    L & L

  8. Boris ? Qui est Boris ? Finalement peu importe n’est ce pas ? L’essentiel est que vous ayez apprécié. Merci beaucoup et bienvenue : les femmes se font rares ici :-)

    Thaïs

  9. (Vous recevez deux femmes d\’un coup, c\’est bon pour la parité ;)
    Sinon Boris sévit sur \”aveux d\’envies\” blog par lequel je suis arrivée jusqu\’à vous.

    L & L

  10. Deux d’un coup diantre ! Bienvenues alors :-)

    Thaïs

  11. Il est vrai que les femmes se font trop rares…oui Thaïs je suis de retour.. ma queue et moi n’attendons plus qu’une chose…votre douce bouche…

    chiraz

  12. Thaïs j’adore être “votre ” obsédé sexuel…

    chiraz

  13. Vous avez mal lu Chiraz : je n’ai pas écrit obsédé sexuel : vous devriez vous acheter une paire de lunettes, ou lire moins vite… Je déplore autant que vous que les femmes se fassent rares de manière publique. Elles sont souvent plus effacées et je reçois plutôt les commentaires de ces dames directement par e-mail. Allez savoir pourquoi….

    Thaïs

  14. J’ai bien lu, n’ayez crainte…ne le suis je pas ?
    Pourquoi se cachent elles ? Peut être par peur du grand mechant loup que peut être l’obsédé sexuel…

    chiraz

  15. Je crois que vous faites fausse route cher Chiraz : les femmes d’après ce que j’ai pu constater dans ma petite vie sont largement plus obsédées par le sexe que les hommes en moyenne. La différence entre femmes et hommes réside plutôt dans l’expression de cette obsession. Pour résumer les hommes sont souvent plus directs. Les femmes s’expriment moins clairement et raisonnent en termes de séduction mais croyez moi elles sont aussi obnubilées que vous…. Ecoutez donc un jour à la sauvette des copines discuter entre elles : vous serez étonné.

    Thaïs

  16. ça ma chere Thaïs je le sais tres bien…j’ai simplement emis l’hypothése que l’obsédé direct et mâle que je suis pourrait peut être l’effrayer..

    chiraz

  17. Vous ne risquez pas d’effrayer grand monde ici Chiraz :-) De plus ne sommes nous pas tous réunis ici, vous mes lecteurs et moi, animés par les mêmes désirs et par la même pulsion de vie ? Gardez votre franche sensibilité d’obsédé direct et mâle, ne changez surtout rien.

    Thaïs

  18. Merci :)

    L & L

  19. Comment ne pas la garder, aprés tout, cela fait partie integrante de mon être, de mon corps..Je suis ce que je suis…et c’est bon…

    chiraz

  20. L & L revenez quand vous voulez et surtout n’hésitez pas à vous en mêler : ils sont tous adorables…

    Chiraz avez vous bien dormi ?

    Thaïs

  21. moi ? vidé !!

    chiraz

  22. Chiraz, vous êtes vidé… ou vous vous êtes vidé ? Oui je sais elle est mauvaise. Allez, je sors….

    Thaïs

  23. me suis vidé, en effet…

    chiraz

  24. No comment

    Thaïs

  25. A quand l’apologie de la masurbation ? a moins que vous l’ayez deja posée sur le papier ?

    chiraz

  26. Je n’ai pas l’intention de me répandre sur ce plaisir qui par définition est solitaire. N’oubliez pas que vous êtes sur la planète “Plaisir Partagé” Chiraz

    Thaïs

  27. soit, mais ne pouvons nous pas partager ce plaisir ?
    Ne l’avez vous jamais fait ? Apprecier, se delecter de la masturbation de l’un de vos hommes ? De vos salopes ?

    chiraz

  28. 1 - 0 Balle au centre !

    Thaïs

  29. Finalement on est bien, là, vous et moi, chére Thaïs

    chiraz

  30. Il y a du San Antonio dans la éème partie du texte(pour moi c’est un compliment)et j’imagine une illustation à la Dubout.
    Masturbation peut s’écrire au pluriel et devenir plaisir partagé non?

    alain

  31. Merci pour le compliment : San Antonio m’amuse beaucoup avec ses géniales trouvailles littérales et son sens du burlesque.
    Pour la masturbation je ne partage pas votre point de vue. Pour moi la masturbation restera un plaisir solitaire, et je ne désire pas disserter sur ce sujet là comme je l’ai déjà dit il y a quelque temps à Chiraz. Mes masturbations me regardent, celles des autres ne m’intéressent pas…. Nobody’s perfect

    Thaïs

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