
Aéroport Charles de Gaulle, Terminal 45, un jour de semaine où les pingouins endimanchés se pressent dans les diverses salles d’embarquement : on ne sait jamais, pressons nous, marchons sur les pieds de nos congénères, conduisons comme des veaux pressés d’aller à l’abattoir des fois qu’il n’y ait pas de place pour tout le monde au purgatoire. Tous sont munis de leurs attributs habituels : mallette contenant l’inévitable ordinateur portable insigne suprême de leur utilité à faire fonctionner la machine économique, téléphone portable – Le dernier modèle de préférence, et enfin les journaux du jour pour bien montrer qu’on est informé des derniers précieux et inévitable indices boursiers. Ordinateurs puissants, organes de communication vibrants, indices des bourses ou la virilité technologique comme substitut des destriers, sabres et autres épées de nos moyen-âgeux et néanmoins preux chevaliers. Mais je m’égare. Revenons à nos embarquements. Tous ces hommes – mais où sont les femmes ? – ont l’oreille collée à leurs joujoux téléphones pour donner dernières instructions au bureau, appeler la ou les maîtresses, de préférence jeune et jolie, et embrasser le chien, bobonne, les enfants et les pantoufles. Vous vous en doutez : je hais ces voyages d’affaires et tout ce qu’ils représentent. J’abhorre ces hommes et ces femmes sortis des mêmes moules, en uniforme de travail, je déteste les sourires commerciaux et sans âme du personnel de bord, je conchie sur les plateaux repas avec fromages aseptisés en prime, j’exècre les aéroports climatisés. Je prends l’avion comme d’autres prennent le bus ou le métro pour se rendre à leur travail : les distances sont plus grandes, et la fatigue des allers-retours européens ou transcontinentaux se fait ressentir au fil des années qui passent.
Destination Madrid, cette fois. Deux jours de réunions et de joutes verbales se succédant pour me laisser exsangue, sur les rotules. Madrid, un point sur la carte. Rien de plus. Comme d’habitude je voyage léger, le plus léger possible. Pas de bagages en soute. Juste un petit sac avec mon ordinateur, quelques papiers, un bouquin, des sous-vêtements de rechange et le strict nécessaire de toilette : j’aime trop la liberté pour m’alourdir de superflus. Nous embarquons dans quarante minutes, le temps de boire un café tranquillement, seule. Je pose mon sac de cabine sur le tapis roulant, celui qui se situe juste avant la salle d’embarquement, montre passeport et carte d’embarquement au fonctionnaire préposé à cette tâche, après avoir passé le sacro-saint portillon magnétique. Il ne me reste plus qu’à récupérer mon sac à l’autre bout du tapis roulant, là où ils s’entassent tous en attendant leurs propriétaires respectifs. Je tends une main pour attraper la poignée de mon bagage quand une voix au ton impérieux s’élève devant moi :
- « Madame, veuillez me suivre s’il vous plaît !»
- « Moi ? » Je réponds interloquée et ahurie, levant les yeux vers l’homme qui me fait face.
- « Oui, vous »
L’homme - un de ces fonctionnaires de surveillance chargés d’observer le défilé continu des bagages anonymes derrière un écran de contrôle – a la bonne trentaine, grand et mince, les yeux noirs et profonds comme des boutons de bottine, le teint mat. Il ne semble pas plaisanter avec les règlements de sécurité ; avec la vie d’une manière générale : comédien il serait de ceux à qui est attribué systématiquement le rôle du malfrat. Le cerbère en uniforme me fait signe de le suivre en se dirigeant vers une porte située à une dizaine de mètres des portillons. J’obtempère sans inquiétude, certaine que je suis de ne transporter ni bombe, ni nitroglycérine, ni aucune de toutes ces matières illicites propres à vous faire prendre vos vessies pour des lanternes.
Nous pénétrons tous deux dans une salle quasiment vide, meublée d’une table et de deux chaises, dans laquelle résonne nos pas. Ici on est aux antipodes des salons business au confort feutré. Au plafond rayonne en pointillés un néon blafard qui ne demande qu’à s’éteindre. L’homme s’assied, écarte ses jambes aux cuisses musclées, pose nonchalamment un coude sur la table et me dit sans ambages :
- « Ouvrez votre bagage à mains s’il vous plaît »
Le ton est poli, mais glacial. Je m’exécute, vaguement agacée : les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, et mes collègues goguenards doivent se demander désormais quelle est la nature de mon commerce illicite en ces lieux étranges. Mon sac est maintenant largement ouvert et offert au regard inquisiteur de l’homme, et je sens subitement le sang affluer vers mon visage : lové au beau milieu de mon linge de rechange se trouve mon gentil petit œuf vibrant, ce petit joujou ovoïde et métallique qui me fait jouir si vite et si bien, mon fidèle petit compagnon de nuits solitaires.
L’homme se lève prend l’objet entre ses doigts, le contemple, le tourne, le retourne, le secoue, le renifle, puis me regarde. Cette fois ses yeux brillent et son visage s’illumine, victorieux.
- « Vous allez m’expliquer ce que cet objet non identifié fait dans vos bagages : donnez moi des détails, s’il vous plaît…. Nous avons besoin d’enrichir notre base de données de ce genre d’informations. Comme vous le savez, tout objet a une utilité. Je vous écoute…. »
Ah le vicieux ! Les Rayons X ! Thaïs tu es une sacrée gourde et tu n’as plus qu’une chose à faire maintenant : relever son défi et jouer le jeu en ne lui épargnant aucun détail. Vas y Thaïs, fonce : tu as toutes les cartes en ta possession. Que le spectacle commence !
- « Hum, Eh bien c’est simple…. Cet objet est un objet vibrant et je ne m’en sépare jamais. Il ne prend pas beaucoup de place dans mes bagages comme vous avez pu le voir. Il fonctionne grâce à deux piles placées dans la télécommande que voilà. Il accompagne mes nuits solitaires et me permet de jouir parfois plusieurs fois dans la nuit. C’est un bon remède au stress et aux insomnies… »
- « Arrête de te moquer de moi, espèce d’allumeuse. Montre moi plutôt comment il fonctionne ton business toy » me dit-il avec un sourire en coin tout en écartant bien les cuisses comme pour donner de l’espace et du confort à son entrejambe. «Vas y ne te gêne pas pour moi. La porte est verrouillée et personne ne te surprendra. Prends tes aises et allonge toi sur la table si tu le désires : je verrai mieux »
Ne me faisant pas prier, et finalement galvanisée par la situation, d’un coup de pied je jetai immédiatement mes chaussures dans un coin de la pièce, baissai pantalon et slip le long de mes jambes en lui tournant le dos pour mieux l’aguicher, arrachai œuf vibrant et télécommande des mains de l’homme. Partiellement dévêtue, je grimpai sur la table, m’y allongeai sans me presser et écartai les cuisses tout en plantant mon regard dans le sien pour mieux le défier. Ni lui ni moi ne baissions les yeux et pas un cil ne bougea pendant de longues secondes. Je portai alors l’œuf à ma bouche et le suçai de la manière la plus suggestive qui soit faisant couler la salive le long de mon menton jusqu’à ce qu’enfin l’homme baisse le regard. Victoire ! J’avais gagné et mon bourreau capitulait sous la déferlante de désirs qui l’envahissaient désormais. Le regard de l’homme était cette fois plus doux, plus humide, comme le regard d’une biche. J’écartai enfin les cuisses largement. D’une main je découvris les lèvres humides et dirigeai l’ovoïde objet vers mon clitoris en mal de caresses et de langue. Je réglai la télécommande au maximum. Bien évidemment je jouis en un peu moins de vingt secondes, je jouis en un flot brutal qui arrosa généreusement mon spectateur ébahi par cette extase, me relevai, me rhabillai alors que l’homme caressait voluptueusement son sexe à travers son pantalon : je voyais bien son étendard érigé qui ne demandait qu’à me porter l’estocade mais je l’ignorai superbement, repue que j’étais.
- « J’espère que vous vous êtes bien amusé. Maintenant j’aimerais récupérer mon sac, sortir et rejoindre la salle d’embarquement »
- « Allez y. Vous pouvez sortir, la porte n’est pas verrouillée…. »
En plus d’être un salaud, il est gonflé ce cuistre ! Nous aurions pu nous faire surprendre, et je n’aurais pas été la plus gênée des deux, croyez moi. Je regagnai la salle d’embarquement vide : tous les passagers avaient pris place déjà. Je rejoignis donc en vitesse mes collègues curieux et interrogateurs.
- « Tu as encore essayé de passer une Bombe H, toi !» me dit mon voisin en riant
- « Non, non je te rassure : je n’ai fait que montrer à un charmant jeune homme comment on faisait une omelette sans casser d’œufs » lui répondis-je d’un air énigmatique en ouvrant mon livre préféré du moment pour lui signifier que je désirais ne pas être dérangée pendant le reste du vol.
Cette nuit là je fis sortir mon petit fiancé du sac et l’utilisai en repensant à ce drôle de voyeur. Avais-je rêvé ? Une fois de plus je jouis très vite et, totalement détendue, m’endormit en moins d’une minute. Depuis ce temps là mon joujou préféré reste bien sagement à la maison et les voyages en avion sont d’un mortel ennui….

Comment a-t-il fait pour résister à une telle démonstration, waouuu !
Madame B
May 10th, 2007
Ca fait un peu “Midnight express” votre histoire ! Bien écrite comme dab. J’ai été un peu déçu que ça n’aille pas plus loin. Un flic jamais ! Déjà un pompier, je sais on ne vous y reprendra plus, mais alord un flic !… On a des principes
IMAGO
May 10th, 2007
Joli. La fin est un peu triste pour vous quand même, vivement la fin de Vigipirate !!!
amIwrong
May 10th, 2007
« En business-class, l’hôtesse vous renverse du café sur les genoux et s’excuse en esperanto »
Petite phrase d’Umberto Eco qui me fait sourire.
Ça me rappelle ma note (authentique fait divers) sur les menottes (qui se passe à Madrid d’ailleurs)…
Comme une image
May 11th, 2007
Madame B, je suppose qu’il s’est copieusement branlé après, mais l’histoire ne le dit pas
Imago, vous vouliez peut-être que ce type me torture et m’arrache les têtons ? Les résultats des élections vous ont chamboulé…
amIwrong, pourquoi triste ? Mon amant ovoïde me procure des plaisirs sans failles
Comme une Image, oui je connais ce texte de Umberto Eco dans “Comment voyager avec un saumon” n’est ce pas ? A se tordre de rire…. Il va falloir que j’aille lire votre texte madrilène….
Thaïs
May 11th, 2007
Oh triste parce que je sais bien à quel point l’orgasme est un excellent somnifère après une dure journée de travail. J’allais écrire une note sur le sujet, d’ailleurs, mais je manque de temps…
Dommage donc qu’il ne puisse plus vous suivre partout comme avant, votre amant ovoïde… !
amIwrong?
May 11th, 2007
C\’est ce qui s\’appelle un P.A.F (police de l\’air et des frontières) dans sa gueule…Thais,rebelle vous etes,rebelle vous resterez…
Teint mat,yeux noirs,cela aurait pu etre moi…
pain d\'epice
May 11th, 2007
Je le dis toujours, rien ne vaut l’explication par l’exemple …
Vivrenvies
May 11th, 2007
Je passe de mon jet privé ( qui n’était qu’un jeu de mots ) à votre salle d’embarquement sans regret !
)
Encore un récit vibrant, comme je les aime …
De la femme ou de l’oeuf vibrant, qui a été créé en premier ?
Philo
May 11th, 2007
J’adore. C’est la grande classe !
Votre histoire me fait penser par association d’idées à une information insolite datant d’il y a quelques mois :
Un jeune homme passant la douane avec sa mère est interrogé par un douanier concernant un objet suspect dans ses bagages : une de ces pompes censées développer le pénis. Au douanier qui lui demande ce dont il s’agit, le jeune homme répond plusieurs fois à voix basse (pour ne pas être entendu de sa mère) “une pompe”. Le douanier comprend “une bombe”. Le jeune homme est embarqué illico-presto et passe quelques heures au poste.
Stéphane
May 11th, 2007
C’est a classer dans O :Histoire d’oeufs non???
crazydoc
May 11th, 2007
AmIwrong ne vous inquiétez pas : mon amant ovoïde met les bouchées doubles à la maison quand je rentre
Pain d’épice vous êtes démasqué ! Attention au K-rch-r ! Et ch’toc !
Vivrenvies, la démonstration par l’exemple est digne d’un esprit rationnel et scientifique, oui. Vous auriez eu votre place bien au chaud dans “Cobaye”
Philo, compareriez vous la femme à une poule ? hmmmmm ?
Stéphane, merci pour l’anecdote. MDR. Finalement je devrais plus souvent lire les anecdotes dans les journaux : elles sont une source inépuisable pour les nouvellistes et les romanciers
Crazydoc, qu’avez vous (encore) fumé aujourd’hui ?
Thaïs
May 11th, 2007
Quel gâchis !
Madame B
May 11th, 2007
Le gâchis eût été de sombrer dans la facilité, et l’histoire aurait alors perdu son intérêt : rien de plus banal qu’un acte copulatoire finalement, non ?
Thaïs
May 11th, 2007
Plus jeune mes parents me disaient tout le temps “finis ton assiette” depuis “faut que je finisse”
Sinon elle aurait pu ne pas vouloir et lui oui et ça, je ne sais pas pourquoi ça m’excite beaucoup !
Madame B
May 11th, 2007
Si vous transportiez votre compagnon in-situ, est ce que le portique se mettrait en branle?
Autre fait divers dans la presse il a quelques semaines, une religieuse tansportait un objet de bonne taille dans ses bagages. Contrôle, découverte de l’objet, confusion de la nonne. L’article ne précisait pas sa nationalité , j’aime à penser qu’elle était britannique, juste pour le “Oh, my god!”
A part ça Thaîs, toujours le même talent dans vos descriptions, l’ambiance des aéoroports est d’une justesse!!
alain
May 11th, 2007
Juste une anecdote : de retour d’un stage “cattle drive” dans le Montana ; à l’aéroport de Billings, le flic tombant sur mes allume-barbecue ( destinés à allumer le poele dans la tente) , faillit déclencher le plan rouge, appela son chef qui appela un autre responsable, qui téléphona je ne sais à qui ?… et l’objets suspect fut confisqué ! Ils ne tout de même pas demandé de foutre à poil, ni de leur faire une démo !
IMAGO
May 12th, 2007
Madame B, effectivement s’il avait voulu Thaïs, elle….ne se serait pas laissée faire par un PAF, et chtoc !
Alain, pas mal l’anecdote de la bonne soeur… Pour l’ambiance des aéroports ça sent le vécu n’est ce pas ?
Imago, figure vous que j’ai vécu le même genre d’anecdote en Inde avec un couteau suisse multi-fonctions…. Comme quoi le camping…. Normal qu’il s ne vous aient pas demandé une démo : aucun intérêt. Vous auriez eu sur vous un des ces “sex toys” dernier cri les fliquettes auraient peut être traité votre cas d’une autre façon
Thaïs
May 13th, 2007
La seule qualité de pondeuse que je vois en vous, c’est lorsque que vous nous gratifiez d’un nouveau texte chère Thaïs !
Bonne journée.
Philo
May 14th, 2007
Philo, c’est drôle comme chacun projette ses propres rêves / illusions / fantasmes sur une image.
. Pour moi cette poule là ne pond pas : elle se demande quel est cet oeuf bizarre qui tente de rentrer dans son postérieur. Comme quoi….
Thaïs
May 14th, 2007
Je suis loin d’etre une racaille pour mériter le k rch r chere Thais…juste un peu sauvageon parfois…
pain d'epice
May 14th, 2007
Pain d’épice je vous crois, je vous crois mais sa majesté Iznogoud vous croira t’elle, elle ? Brun la peau mate, les yeux noirs … votre compte est bon
Thaïs
May 14th, 2007
sublime
Lazy
May 14th, 2007
N’exagérons rien Lazy, n’exagérons rien…
Thaïs
May 15th, 2007
j’arrive Thaïs ! y mettre ma queue raide et chaude dans ce cul si acceuillant ! Mme B si le coeur vous en dit, j’ai là une assiete bien pleine..
chiraz
May 15th, 2007
Chiraz….Au fond de la classe !
Thaïs
May 16th, 2007
Bien, nous allons enfin pouvoir s’amuser…
chiraz
May 16th, 2007
Nous amuser…. pas s’amuser….
Thaïs
May 17th, 2007
J’aime bien votre style. Je vais moi aussi explorer votre boudoir de la cave au grenier…
Vagant
May 17th, 2007
En effet…c’est surement du à l’émotion grandissante …
chiraz
May 17th, 2007
Vagant, merci et bienvenue : si vous trouvez des toiles d’araignée surtour n’hésitez pas à les retirer
Thaïs
May 17th, 2007
Pour un premier vol en vibrant buzzzzness sur Thaïs Airlines, me suis régalé. Quel service! Cela change de Singepour Airlines ou Cuisse Air.
Un mot volant
May 18th, 2007
Un mot volant, Thaïs airlines…. Adjugé et bienvenue au septième ciel. Les stewards bandent et les hôtesses sucent dans la joie et la bonne humeur
Thaïs
May 18th, 2007
Au fait, douanier, c’est sur concours ?
Vivrenvies
June 2nd, 2007
Il ne s’agissait pas d’un douanier mais d’une personne de la police des frontières, donc un policier. Et oui ils doivent recruter sur concours… Vous voulez passer l’épreuve de fouille au corps ?
Thaïs
June 3rd, 2007